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  > Schlak

Dans l’univers de Giuseppe Licari, le paysage est à la fois canevas et miroir agrandissant. À peine arrivé à Belval, l’artiste a commencé ses repérages. Les photos prises du côté d’ArcelorMittal Differdange sont saisissantes. Un paysage abstrait, lunaire, fait de couches solidifiées fumant encore par endroits, évoque une éruption récente qui, en réalité, n’avait pas de raison d’être : « On dirait de la lave qui recouvre un pays où il n’y a pas de volcans ! »

Le premier titre de travail du projet conçu dans un atelier qui a rapidement pris des allures de Wunderkammer était déjà suggestif: L’Atelier du Peuple et de la Terre. Des obsidiennes artificielles, résultant d’un processus « volcanique » industriel, brillaient sur les tables dès le mois d’octobre. Des échantillons de sols ocre, sable, marron, gris pétrole; ont constitué au fil des semaines un nuancier de couleurs qui pourrait servir de base à autant de masques vivants, évoquant les métamorphoses sociales et les changements identitaires en cours dans le Sud du pays. 
Ce qui interpelle l’artiste, c’est notre comportement face à un paysage altéré par l’homme et qui, par un effet boomerang, influence désormais nos modes de vie. Car le processus industriel s’est arrêté il y a vingt ans, mais ses effets sont toujours là, comme « une blessure à la surface de la terre ».

Pour Giuseppe Licari, évoluer, c’est aussi admettre que nous sommes des êtres irrémédiablement hybrides, à mi-chemin entre nature et artefact. « Certes, on prend acte de cette tabula rasa qu’est notre société post-industrielle, mais il faudrait désormais construire un avenir sur les vestiges du passé, à partir d’un point zéro qui n’est pas forcément un point de non retour ».
À Belval, le regard de l’artiste s’est porté sur les anciens ouvriers et les étudiants, qui sont le passé et l’avenir d’un monde en pleine transformation: « Les migrations ont marqué les Terres Rouges de la même manière que la coulée de fonte a imprégné à jamais la Terrasse des Hauts-Fourneaux. C’est l’éternel va-et-vient : on bouge, on coule, on se laisse emporter, on trouve sa place ou non, comme les scories ».

Schlak, le mot luxembourgeois désignant les scories, sera finalement le titre du livre, doublé d’une exposition, que Giuseppe Licari signe pour Public Art Experience. Un titre choisi, entre autres, parce qu’il résonne comme un avertissement ou un couperet.