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  > The weight of iron carried from China for you

Sculpteur de formation, Neville Gabie se passionne pour la matière, mais pas en tant que telle : un bloc de granit ou de glace l’intéresse par les liens qu’il tisse, les récits qu’il produit, les collectivités qu’il implique. De même pour une coulée de fonte. À force de regarder par la fenêtre de son atelier à Belval, l’artiste a fini par remarquer « un bout de ciel incongru, qui se dévoile entre deux bâtiments, juste au-dessus de la barre horizontale de la Cité du Savoir, comme s’il manquait quelque chose dans le paysage ». Renseignement pris, il a découvert qu’il s’agit précisément de l’endroit où se dressait jadis le haut fourneau C, entre-temps démonté puis reconstruit en Chine, du côté de Kunming. « Ce trou dans le bleu du ciel est, au fond, la plus épatante des ruines ! », se réjouit Neville Gabie.

Au-delà de la métaphore, des questions obsédantes commencent à se poser. Si les machines tournent encore là-bas, alors elles continuent à nourrir une autre communauté sur place… Quels sont ses coutumes, ses loisirs, ses rêves, son avenir ? Les images d’archive que l’artiste a pu consulter montrent des danses, des jeux, des matchs de foot entre les ouvriers, datant de l’époque où le haut fourneau C fonctionnait encore à Belval. « On peut logiquement imaginer que cette vie continue de la même façon ailleurs, et ce serait passionnant d’en avoir la preuve. »

Pour Neville Gabie, ce n’est pas le déplacement en soi qui compte, mais le fait de construire une connexion entre deux endroits si différents, si éloignés. Ce qui se profile donc, c’est un travail artistique sur les péripéties du haut fourneau C, mais surtout sur les communautés luxembourgeoise, portugaise, chinoise; auxquelles il aura permis d’exister. Une réflexion sur la persistance de la mémoire, par-delà les mers, les continents et les années.

Neville Gabie est retourné en Chine durant deux semaines, avec une petite équipe de tournage et un interprète. De cette aventure, il a ramené des sons, des images de gens qui parlent, qui chantent, qui dansent, bref, « un paysage audio et vidéo » prouvant qu’il y a une vie après la vie. Début juillet, tout cela sera mis en place autour du socle envahi par la végétation de l’ancien haut fourneau. Ceux qui s’y rendront lèveront aussitôt les yeux vers le ciel. À travers le « trou dans le bleu », ils apercevront les contours fantomatiques d’un monde d’acier et de sueur, de rires et de larmes. Un monde qui, en dépit des apparences, n’a pas tout à fait rendu l’âme.