twitter facebook
Tous les projets

  > L’acier de Damas

Shimon Attie est un artiste visuel particulièrement attentif à la rencontre de l’humain et au sens de l’Histoire. Parmi ses thèmes de prédilection, il y a la mémoire de la perte, la traversée des frontières (y compris mentales), mais aussi la capacité qu’ont les lieux et les êtres de résister, de perdurer, de se régénérer contre vents et marées.

Se refusant à l’idée de produire de l’art pour l’art, Shimon Attie recherche à chaque fois l’émotion suscitée par la conjonction d’un site, d’une culture et d’une politique. Dans le cadre de Public Art Experience, il signe une vidéo artistique mettant en scène des réfugiés syriens au Luxembourg. Le titre du projet évoque cet acier finement décoré qui permit jadis aux artisans du Moyen-Orient de fabriquer des épées aux qualités inégalées : « C’est un alliage métallique à la fois dur et flexible, exactement comme doit l’être un migrant. Dur pour faire face à des expériences éprouvantes, flexible parce que rien de ce qui lui arrive n’est comme prévu». 

Ayant lui-même des racines nomades : sa famille paternelle est originaire de Syrie, il est né en Californie et a vécu dans plusieurs pays avant de s’installer à Manhattan. Shimon Attie s’intéresse de très près aux changements identitaires et aux aléas du déplacement : « L’immigration, c’est une question de vie et de survie, mais aussi de chance et de malchance. Les réfugiés quittent leur pays, traversent la Méditerranée, arrivent à destination ou périssent en mer, trouvent ou non un pays d’accueil, réussissent ou échouent. » D’où l’idée d’articuler L’acier de Damas autour d’un jeu de hasard : « La roulette, symbole de ce qui échappe à tout contrôle, est un miroir de la vie des migrants, de nos vies, en général…».

Le Casino Luxembourg/Forum d’Art contemporain, l’ancien Casino Bourgeois, lieu privilégié de la vie mondaine de la ville à l’orée du 20e Siècle, était un endroit tout trouvé pour le tournage de la vidéo. Conçue comme une succession de tableaux vivants, L’acier de Damas recrée une ambiance plus vraie que nature. Le respect du code vestimentaire, les figures imperturbables des joueurs, leurs mouvements hiératiques pour placer un pari, tout y est.

«
Mesdames et messieurs, faites vos jeux ! », le croupier s’apprête à tourner le cylindre et la chance devrait sourire aux parieurs les plus hardis. Seuls les regards qui portent mélancoliquement vers le lointain trahissent le fait que ces réfugiés, même arrivés à bon port, se posent encore tous les matins quelques questions sans réponse…